Entretien avec Bernard Bigras, le nouveau PDG de l’AFG

, par Sophie Ginoux.

Le 21 juin, Bernard Bigras prendra la place d’André Rainville à la tête de l’Association des firmes de génie-conseil – Québec (AFG). À l’heure où le secteur du génie québécois est à la croisée des chemins en matière d’environnement, de vision stratégique et de main-d’œuvre, l’ancien politicien et administrateur chevronné a partagé avec nous ses observations du milieu et ses premiers chevaux de bataille.

Monsieur Bigras, c’est le premier mandat directement lié au génie que vous relevez. Qu’est-ce qui vous attiré dans ce défi ?

Tout d’abord, même si je n’ai jamais dirigé une firme ou une association de génie en tant que telles, j’ai déjà eu sous ma responsabilité, lorsque j’étais directeur général adjoint – développement durable pour la Ville de Longueuil, cinq directions dont celle du génie. J’ai également eu la chance, à titre de directeur général de l’Association des architectes paysagistes du Québec, de suivre beaucoup de projets où les urbanistes, les ingénieurs et les architectes collaboraient ensemble. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de constater le virage majeur que le milieu du génie a pris en termes de développement durable, un dossier qui m’est cher depuis longtemps et qui m’a poussé à vouloir relever ce nouveau défi au sein d’AFG

Quels seront les principaux éléments au cœur du plan stratégique 2021-2024 que vous présenterez bientôt?

En me basant sur le fil conducteur du développement durable, j’ai l’intention de dégager trois axes centraux dans ce plan. Le premier sera celui d’un rapport plus étroit entre l’industrie et la recherche, fondamentale comme appliquée. Je crois en effet que l’industrie est la première à connaître ses besoins et à utiliser les solutions innovantes des ingénieurs. Matériaux durables, infrastructures vertes, phytotechnologies, électrification des transports ; les pistes de travail sont nombreuses, et les ingénieurs y jouent un rôle essentiel.

Un emploi pour vous?

Mon deuxième axe d’intervention sera celui de la reconnaissance de la qualité du travail des ingénieurs québécois. Comme nous l’ont enseigné les anciennes infrastructures bâties dans les années 1960, qui doivent toutes être renouvelées, privilégier systématiquement le plus bas prix à la qualité ne permet pas d’assurer la durabilité des constructions. Personnellement, je ne crois pas du tout en une « approche Dollorama » des infrastructures ni à la politique du plus bas soumissionnaire, car cela a un impact sur leur sécurité, leur qualité, ainsi que sur la confiance qu’on nous accorde. Il faut donc notamment réviser les honoraires des professionnels, qui n’ont pas augmenté depuis 2009, afin d’encourager nos firmes de génie à s’inscrire sur les marchés publics québécois, plutôt qu’à se tourner vers des contrats hors du Québec.

En troisième lieu, au regard de l’évolution rapide du marché et du domaine du génie, il faut selon moi consolider la formation des ingénieurs pour qu’ils puissent répondre aux nouvelles exigences actuelles et à venir. Mais il faut aussi encourager les carrières en génie, car selon les prévisions, nous aurons besoin de 50 000 professionnels en plus d’ici 2030. Cet enjeu de main-d’œuvre est crucial pour l’activité économique du Québec.

Comment entrevoyez-vous justement le travail des ingénieurs dans le futur ?

Je pense que la clé de cet avenir se trouve dans la multidisciplinarité et la formation continue. La multidisciplinarité, parce qu’aucun corps de métier ne peut plus, alors que les projets sont de plus en plus intégrés et technologiques, apporter de solution complète. Par exemple, quand on parle de gestion des eaux pluviales, les ingénieurs peuvent prendre en charge 80% des projets, mais les 20% restants sont le fait de biologistes et d’architectes paysagistes. Des structures de formation en génie comme l’ETS et Polytechnique multiplient donc les cours et projets multidisciplinaires. De plus, comme notre domaine évolue très rapidement et attire un nombre croissant de professionnels issus de l’immigration, il faut que la formation continue s’adapte à ces nouveaux besoins et devienne incontournable.

Quelle est votre vision en matière de représentation des femmes et de la diversité dans le génie québécois?

Je pense que la diversité va maintenant de soi dans notre milieu, étant donné que l’immigration y a de plus en plus sa place. Par contre, je suis vraiment préoccupé par la sous-représentativité des femmes en génie. Ce retard est inacceptable, et je compte faire de ce dossier une de mes priorités. Nous devons être encore plus actifs pour encourager les jeunes filles à faire carrière dans les sciences, mais aussi assurer une meilleure représentativité des femmes à tous les niveaux décisionnels de notre industrie.



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