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Professeure en génie mécanique, elle devient Membre de l’Ordre du Canada

, par Alexis Vailles.

En 1989, elle devenait la première femme à enseigner le génie à l’Université Laval. Trente ans plus tard, la voilà récompensée pour l’ensemble de son parcours…

Nommée le 27 juin dernier par la gouverneure générale, Claire Deschênes perçoit cet honneur comme une « belle reconnaissance » pour l’ensemble de sa carrière.

Jointe par Génie-inc, elle a bien voulu nous raconter l’ensemble de son parcours comme ingénieure et professeure.

Un emploi pour vous?

 

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez reçu cette distinction?

J’étais bien sûr honorée, mais aussi émue, voire intimidée. C’est une belle reconnaissance. Comme je viens de prendre ma retraite comme professeure titulaire, c’est une belle manière de souligner l’ensemble de ma carrière.

 

Depuis quand enseignez-vous à l’Université Laval?

J’ai commencé à enseigner en 1989. Cela a donc fait 30 ans cette année!

 

Était-ce intimidant de devenir la première femme à y enseigner le génie?

Ça s’est très bien passé, et l’Université m’a toujours soutenue durant mes 30 années de carrière. J’ai bénéficié d’un très bon support, autant en enseignement qu’en recherche.

Ce qui a été le plus difficile, toutefois, a été de comprendre les particularités lorsque l’on est une femme en recherche. La perception n’est pas la même, et j’avais peu de modèles au départ pour apprendre ces différences.

Ainsi, dans certaines actions à l’extérieur de l’Université, comme des demandes de subventions, des demandes de reconnaissances, ou lorsque l’on veut participer à des groupes internationaux, c’était plus difficile de faire sa place en tant que femme.

 

Pourquoi avoir choisi le génie mécanique?

C’est une question qui est longue à répondre! Étant jeune, j’aimais beaucoup la physique et les mathématiques; déjà, je me voyais pratiquer la profession d’ingénieur. Les perspectives d’une carrière stable, bien payée, et offrant des possibilités de gestion, m’ont aussi attirée.

À l’époque, dans les années 1970, ce n’était pas à la mode pour les femmes de se diriger en génie. Il y a donc fallu que je fasse un choix qui ne soit pas « conventionnel » pour une femme à l’époque.

Je dois aussi mentionner que j’ai pu bénéficier de la réforme de l’enseignement de l’époque (suivant le Rapport Parent), qui m’a permis de pouvoir me rendre jusqu’à l’Université.

 

Et pourquoi vous êtes-vous dirigé vers une carrière de professeure?

J’ai commencé par travailler comme ingénieure pour Hydro-Québec. J’y travaillais sur les machines et turbines hydrauliques, en entretien. J’ai toutefois quitté Hydro-Québec pour faire un voyage autour du monde durant deux ans.

À mon retour, en 1981, il y avait une récession et je n’ai pas trouvé de travail qui m’intéressait dans l’industrie. J’ai donc décidé de poursuivre mes études, et j’ai complété ma maîtrise, puis mon doctorat.

J’aime l’enseignement offre la possibilité de former de la relève et de trouver des étudiants gradués pour faire de la recherche. La recherche permet aussi de pouvoir développer ses propres projets, avec une certaine autonomie.

Après 30 ans de carrière comme professeure en génie mécanique, Claire Deschênes a été nommée Membre de l’Ordre du Canada.

 

Sur quoi se concentrent vos recherches en génie?

J’ai toujours travaillé sur le développement des turbines hydrauliques, un intérêt qui me vient de mes années à travailler pour Hydro-Québec.

À l’Université Laval, j’ai développé un laboratoire de machines hydrauliques, le LAMH, où, de concert avec l’industrie, on étudie le fonctionnement des turbines afin d’améliorer leur durée de vie.

Avec divers types d’instruments, comme des lasers, des capteurs de pression, capteurs de vibration, on y analyse le comportement des machines le plus précisément possible. On trouve comment en améliorer le rendement.

 

Vous avez pris votre retraite en tant que professeure titulaire, mais êtes encore professeure associée. Pourquoi ce changement?

J’étais rendue là dans ma vie. J’avais beaucoup travaillé durant les dernières années pour organiser la relève et la continuité des projets dans mon laboratoire hydraulique. Ceci étant fait, j’étais prête pour prendre ma retraite. Être professeure associée me permet toutefois de poursuivre mes recherches.

 

Durant votre carrière, de quel exploit êtes-vous la plus fière?

Je me considère un peu comme une bâtisseuse de structures; j’aime organiser le travail. J’ai contribué à la mise sur pied du LAMH et du Consortium en machines hydrauliques. J’ai aussi développé, avec des collègues, trois organismes à but non-lucratif sur les femmes en science et génie.

Ce dont je suis la plus fière est peut-être le Prix synergie du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) que le Consortium a reçu en 2014. C’est une belle manière de couronner ma carrière scientifique. L’Ordre du Canada représente aussi un grand honneur.

 

Il y a de plus en plus de femmes aujourd’hui qui étudient le génie. Croyez-vous que vos efforts ont porté fruit?

En partie, mais pas autant que j’aurais aimé. Durant plusieurs années, j’ai tenu une chaire sur la condition des femmes en génie. Depuis, j’ai continué de travailler auprès d’organismes visant la promotion et la participation des femmes en sciences et en génie.

Il faut donner des efforts constants pour faire changer les choses. Les femmes semblent avoir trouvé leur place dans certains programmes, comme le génie des eaux, le génie environnemental et le génie biomédical, mais sont encore peu nombreuses dans des spécialisations plus populaires comme le génie électrique et le génie mécanique.

C’est difficile d’avoir une réponse simple sur la raison pour laquelle les femmes ne se dirigent pas autant vers le génie qu’elles le font vers d’autres programmes. Il existe toutefois encore de nombreux préjugés à combattre en la matière dans la société.

 



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